Réglementation

Les mentions obligatoires d'un devis BTP en 2026

Un devis d'artisan n'est pas un document commercial : c'est un document réglementé. Dix mentions doivent y figurer, sous peine d'amende administrative et — plus douloureux au quotidien — de client qui conteste sa facture. Voici la liste complète, avec ce que dit exactement le texte pour chacune.

En bref. Le devis est obligatoire dès 150 € TTC pour les travaux de dépannage, réparation et entretien. Un devis incomplet expose à une amende administrative de 3 000 € (entrepreneur individuel) à 15 000 € (société). La mention la plus souvent oubliée est celle de l'assurance décennale. Et à partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques — qui reprennent les mêmes mentions.

Devis d'artisan non conforme : un prix global de 3 375 € sans SIRET, sans taux de TVA, sans mention d'assurance décennale ni durée de validité, avec les dix contrôles réglementaires signalés en échec.
Le devis que reçoivent encore beaucoup de clients : un prix, un intitulé, rien d'autre. Dix mentions manquent.

Ce que dit la loi, en trois textes

Il n'existe pas d'article unique intitulé « mentions obligatoires du devis ». L'obligation se construit à partir de trois sources, et c'est ce qui explique que tant de devis soient incomplets de bonne foi :

S'y ajoutent les règles propres à votre statut : numéro de TVA intracommunautaire, franchise en base pour les micro-entrepreneurs, coordonnées du médiateur de la consommation. Prises ensemble, elles donnent les dix mentions qui suivent.

Les 10 mentions à faire figurer sur chaque devis

1. Dénomination, adresse et SIRET de l'entreprise

Le nom commercial ne suffit pas. Il faut la dénomination sociale complète, l'adresse du siège, le numéro SIRET à 14 chiffres, et le numéro d'inscription au répertoire des métiers ou au registre du commerce selon votre activité. C'est ce bloc qui permet au client — et à un juge — d'identifier avec certitude qui s'engage. Un devis à l'en-tête « BATI-SUD, Montpellier » n'identifie personne.

2. Forme juridique, capital social et numéro de TVA

Indiquez la forme juridique (SARL, SASU, EI…) et, pour les sociétés, le montant du capital social. Ajoutez le numéro de TVA intracommunautaire si vous y êtes assujetti. Si vous relevez de la franchise en base — cas de la plupart des micro-entrepreneurs — la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » est obligatoire : sans elle, un client peut légitimement croire que votre prix est hors taxe et vous réclamer une facture avec TVA déductible.

3. Identité du client et adresse du chantier

Nom et adresse du client, et surtout l'adresse des travaux si elle diffère. Cette distinction n'est pas cosmétique : c'est l'adresse du chantier qui détermine le taux de TVA applicable (le logement doit être achevé depuis plus de deux ans) et qui délimite la couverture de votre assurance décennale.

4. Date d'émission et durée de validité

La date d'établissement du devis, et la durée pendant laquelle vos prix restent valables. Aucun texte n'impose de durée : c'est vous qui la fixez, et c'est exactement pourquoi elle doit être écrite. Sans elle, votre offre est réputée tenir un « délai raisonnable » — notion que le juge apprécie, pas vous. Un à trois mois est l'usage dans le bâtiment.

5. Le détail des prestations, ligne par ligne

C'est le cœur du devis, et le manquement le plus fréquent. Chaque prestation doit apparaître avec sa désignation précise, sa quantité, son unité et son prix unitaire hors taxes. « Rénovation salle de bain — 3 375 € » n'est pas un devis : c'est un prix. Le client doit pouvoir comparer votre offre à une autre, ligne à ligne, et vérifier qu'il paie bien ce qui a été posé. Les fournitures doivent être distinguées de la pose, avec leur référence quand elle conditionne le prix (une faïence 30×60 premier prix et une faïence grès cérame ne se valent pas).

6. Main-d'œuvre, déplacement et frais annexes

La main-d'œuvre se chiffre à part, avec son taux horaire et le nombre d'heures prévues. Les frais de déplacement se mentionnent séparément, qu'il s'agisse d'un forfait ou d'un tarif kilométrique ; il en va de même pour l'évacuation des gravats, la location de matériel ou les majorations de nuit et de week-end. Tout frais non écrit sur le devis est un frais que vous ne pourrez pas facturer. Si vous hésitez sur la façon de valoriser vos trajets, nous détaillons le calcul dans notre article sur le forfait de déplacement de l'artisan.

7. Prix HT, taux de TVA et total TTC

Le devis doit faire apparaître le total hors taxes, le taux de TVA appliqué avec son montant, et le total toutes taxes comprises. Dans le bâtiment, trois taux coexistent : 20 % en taux normal, 10 % pour les travaux d'amélioration, de transformation ou d'entretien d'un logement achevé depuis plus de deux ans, et 5,5 % pour les travaux de rénovation énergétique. Les taux réduits supposent une attestation signée du client : conservez-la, c'est elle qu'on vous demandera en cas de contrôle. Notre article TVA 10 % ou 20 % : comment choisir détaille les cas limites.

8. Assurance décennale : assureur, numéro de contrat, couverture

C'est la mention oubliée par défaut, et elle n'est pas facultative. L'article 22-2 de la loi du 4 janvier 1978 impose de faire figurer sur vos devis l'assurance souscrite au titre de votre activité, les coordonnées de l'assureur ou du garant, et la couverture géographique du contrat. Trois éléments, une seule ligne : « Assurance décennale : AXA n° 10428931 — France métropolitaine ». À noter que le défaut de souscription — et non la seule absence de mention — constitue un délit puni de 75 000 € d'amende et de six mois d'emprisonnement.

9. Délai d'exécution, modalités de paiement et acompte

Indiquez la date ou le délai de début et de fin des travaux, les modalités de règlement (échéancier, moyens de paiement acceptés) et le montant de l'acompte éventuel. Précisez aussi le taux des pénalités de retard — et, entre professionnels, l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €. Ces lignes ne servent à rien tant que tout va bien ; elles deviennent votre seul appui le jour où il faut relancer. C'est le point de départ de la démarche que nous décrivons dans impayés : 5 étapes pour recouvrer vos factures.

10. Médiateur de la consommation et droit de rétractation

Depuis 2016, tout professionnel qui travaille avec des particuliers doit adhérer à un dispositif de médiation de la consommation et en communiquer les coordonnées ; le devis est le support naturel pour le faire. Et si vous faites signer le devis au domicile du client, le contrat est conclu hors établissement : le client dispose d'un droit de rétractation de 14 jours, vous devez lui remettre le formulaire type correspondant, et aucun paiement ne peut être encaissé avant un délai de 7 jours. Une intervention urgente d'entretien ou de réparation sollicitée expressément par le client fait exception, mais cette demande doit être écrite.

Le même devis, cette fois conforme : SIRET, TVA, assurance décennale, six lignes détaillées avec quantités et prix unitaires, total HT, TVA 10 % et total TTC, validité et modalités de paiement — les dix contrôles réglementaires validés.
Le même chantier, le même prix, mais dix contrôles sur dix. C'est ce document-là qui engage le client.

Le test des 30 secondes. Prenez votre dernier devis. Comptez combien des dix mentions ci-dessus y figurent réellement. Sur les devis que nous voyons passer, la moyenne se situe entre six et sept : manquent presque toujours l'assurance décennale, la durée de validité et le détail des frais de déplacement.

Le compte à rebours du 1er septembre 2026

Une raison de plus de mettre vos devis en ordre maintenant : la réforme de la facturation électronique entre dans sa phase concrète. Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être en mesure de recevoir une facture électronique, sans exception de taille. Au 1er septembre 2027, les TPE et PME devront à leur tour émettre leurs factures au format électronique.

Or une facture électronique n'est pas un PDF envoyé par e-mail : c'est un fichier structuré dont chaque champ est contrôlé par la plateforme de dématérialisation. Les champs contrôlés sont précisément ceux listés plus haut — SIRET, taux de TVA, montants HT et TTC, désignation des prestations. Un devis mal structuré aujourd'hui devient une facture rejetée demain. Nous détaillons le calendrier et les formats dans facturation électronique : ce qui attend les artisans.

Frise chronologique de la facturation électronique : aujourd'hui les dix mentions obligatoires sur le devis, au 1er septembre 2026 la réception obligatoire des factures électroniques pour toutes les entreprises, au 1er septembre 2027 l'émission obligatoire pour les TPE et PME.
Les mentions contrôlées sont les mêmes aux trois étapes. Mettre son devis en conformité, c'est avoir fait le travail de 2027.

Dix mentions, zéro oubli, trente secondes

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Questions fréquentes

Non, pas pour tous. Le devis écrit est obligatoire pour les prestations de dépannage, de réparation et d'entretien dans le bâtiment dès 150 € TTC, en application de l'arrêté du 24 janvier 2017. En dessous de ce seuil, et pour les autres travaux, il devient obligatoire dès que le client le demande. Dans les faits, l'obligation générale d'information précontractuelle des articles L111-1 et L112-1 du Code de la consommation rend l'écrit indispensable dans presque tous les cas : sans devis, vous ne pouvez pas prouver que le client a été informé du prix avant les travaux.
150 € TTC pour les travaux de dépannage, réparation et entretien du bâtiment, seuil fixé par l'arrêté du 24 janvier 2017. Ce seuil s'apprécie sur le montant total de l'intervention, main-d'œuvre, fournitures et déplacement compris — pas sur chaque ligne prise séparément.
Oui. Rien n'oblige un artisan à établir ses devis gratuitement, notamment quand le chiffrage suppose un déplacement, des mesures ou une étude technique. Mais le client doit être informé du coût du devis et de ses modalités de facturation avant que vous ne commenciez le travail de chiffrage. Le devis doit donc porter la mention « devis gratuit » ou le montant facturé. Beaucoup d'artisans déduisent ce montant de la facture finale si les travaux leur sont confiés : c'est licite, à condition de l'écrire.
Aucune durée n'est imposée par la loi : c'est vous qui la fixez, et c'est précisément pour cela qu'elle doit figurer sur le document. En pratique, 1 à 3 mois est l'usage dans le bâtiment. Si vous n'indiquez aucune durée, votre offre est réputée valable pendant un délai raisonnable, apprécié par le juge en cas de litige — autrement dit, un client peut vous opposer vos prix six mois plus tard alors que vos fournitures ont augmenté. Une ligne « Devis valable 3 mois » vous protège.
Oui, pour tout professionnel soumis à l'obligation d'assurance décennale. L'article 22-2 de la loi n° 78-12 du 4 janvier 1978, dans sa rédaction issue de la loi du 6 août 2015, impose de faire figurer sur les devis et les factures l'assurance souscrite au titre de l'activité, les coordonnées de l'assureur ou du garant, et la couverture géographique du contrat. C'est la mention la plus souvent absente des devis d'artisans, et l'une des plus regardées en cas de litige.
Trois risques cumulables. D'abord une amende administrative prononcée par la DGCCRF, qui peut atteindre 3 000 € pour un entrepreneur individuel et 15 000 € pour une société. Ensuite un risque commercial : un devis incomplet est un devis contestable, et c'est le premier argument d'un client qui refuse de payer. Enfin, l'absence d'assurance décennale — et non sa seule non-mention — est un délit puni de 75 000 € d'amende et de six mois d'emprisonnement par l'article L243-3 du Code des assurances.
Oui. Le droit français n'impose pas le papier : un écrit électronique a la même force probante qu'un écrit sur support papier dès lors que l'auteur est identifiable et que le document est conservé dans des conditions garantissant son intégrité. Un devis en PDF envoyé par WhatsApp ou par e-mail, accepté en retour par le client, est parfaitement valable. Ce qui compte n'est pas le canal d'envoi mais le contenu : les dix mentions ci-dessus doivent y figurer. Nous détaillons le sujet dans devis par WhatsApp : est-ce légal ?
Ce n'est pas une obligation légale : la signature du client suffit à former le contrat. La mention manuscrite « Bon pour accord » ou « Devis reçu avant exécution des travaux » reste néanmoins très recommandée, parce qu'elle prouve que le client a bien pris connaissance du document avant le début du chantier. Datée et accompagnée de la signature, elle coupe court à l'argument le plus courant en cas d'impayé : « je n'avais jamais vu ce prix ».

Sources : Code de la consommation, articles L111-1, L112-1, L131-1, L221-10, L221-18, L616-1 et R111-1 · arrêté du 24 janvier 2017 relatif à la publicité des prix des prestations de dépannage, réparation et entretien dans le secteur du bâtiment · loi n° 78-12 du 4 janvier 1978, article 22-2 · Code des assurances, articles L241-1 et L243-3 · Code général des impôts, articles 279-0 bis et 293 B · DGFiP, calendrier de la facturation électronique.

Article publié le 24 août 2026. Contenu informatif : il ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit sur votre situation particulière.

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